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06 Aug
06Aug

J'ai assisté à une rétrospective consacrée à Diane Keaton dans un cinéma indépendant, sans trop savoir à quoi m'attendre, et j'ai découvert le drame L'usure du temps (Shoot the Moon), sorti en 1982 et mettant en vedette Diane Keaton (dans le rôle de Faith) aux côtés d'Albert Finney (dans le rôle de George).


Le film nous plonge dans la rupture ultra-toxique d'un couple marié depuis quinze ans, rongé par les non-dits et l'emprise. George, un auteur incapable d'accepter le divorce et la perte de contrôle, enchaîne les comportements destructeurs : il défonce les portes de la maison, sabote les travaux et détruit un court de tennis au bulldozer. Il fait également preuve d'une violence physique et émotionnelle inouïe envers son aînée, allant jusqu'à défoncer la porte de sa chambre et à la frapper parce qu'elle refuse de lui parler. Pourtant, il lui offre ensuite une machine à écrire comme cadeau d'anniversaire, ce qui suffit à effacer rapidement son comportement toxique et à lui faire obtenir le pardon de sa fille juste après l'avoir agressée. 


Face à cette toxicité globale, la mère excuse constamment le comportement de son mari et finit même par céder à ses avances alors qu'ils sont séparés. Le tout culmine dans un final complètement absurde où tout le monde se réunit en larmes autour de lui après qu'il a pris une raclée, illustrant la vision d'une époque où les pires violences conjugales et familiales étaient dramatisées et banalisées sous couvert de passion. 


Analyse : La banalisation des dynamiques toxiques dans les années 80 

Ce film est un cas d'école de la façon dont le cinéma des années 1980 normalisait et romanticisait des comportements qui seraient aujourd'hui qualifiés de harcèlement, de violences conjugales et d'abus psychologiques caractérisés. À l'époque, ce type de profil masculin destructeur n'était pas perçu comme un danger public ou un agresseur, mais comme un « artiste torturé » ou un « pauvre mari dépassé par ses émotions ».


La violence physique et psychologique (envers l'épouse comme envers l'enfant) y était systématiquement minimisée sous le couvert de la « passion destructrice » et du mythe du couple fusionnel où tout s'excuse par l'amour. Le schéma narratif reposait entièrement sur l'absolution automatique du bourreau : un grand cri, une larme de regret, un beau cadeau matériel (comme la machine à écrire) ou une victimisation post-crise, et l'entourage s'empressait de tout pardonner. 


Avec notre regard contemporain en 2026, le film offre un saut dans le passé fascinant — et glaçant — sur l'évolution de notre conscience collective face aux violences intrafamiliales.

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