Des fleurs pour Tokyo (Miharashi sedai (見晴らし世代) est le premier long métrage de Yuiga Danzuka. Le film est sorti dans les salles françaises le 5 août 2026. Il avait été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025 et concourait à la Caméra d’or. Le film réunit
Kodai Kurosaki dans le rôle de Ren, Ken'ichi Endô dans celui de Hajime, Mai Kiryû dans celui d’Emi et Haruka Igawa dans celui de Yumiko.
🎬 Petite coïncidence amusante : j’avais vu Soudain il y a seulement cinq jours et j’ai immédiatement reconnu Kodai Kurosaki dans le rôle de Ren. Il joue Tomoki, le petit-fils autiste, dans Soudain. Deux films japonais vus à quelques jours d’intervalle, avec le même acteur dans des rôles très différents.
Le film commence avec une scène très banale du quotidien: Hajime, sa femme Yumiko et leurs deux enfants, Ren et Emi, sont en route pour passer quelques jours dans leur maison de vacances. Ils s’arrêtent dans un food court sur une aire d’autoroute.
La famille est encore au complet et la scène ressemble à un simple moment de vacances. Hajime dit même à sa fille d’aller aux toilettes avant de repartir à cause des embouteillages.
Mais Hajime reçoit un appel et décide de retourner à Tokyo pour son travail, soulignant qu'il priorise sa carrière d'architecte. Cette décision devient le point de départ de la rupture familiale.
Le film fait ensuite un bond de dix ans.
Ren et Emi sont devenus adultes. Ils ont chacun leur vie, mais ils sont toujours marqués par ce qui s’est passé dans leur enfance. Leur mère Yumiko est décédée et Hajime a passé plusieurs années à l’étranger pour son travail.
Ren travaille comme livreur d’orchidées à Tokyo. Emi, de son côté, prépare son mariage. Ils ont tous les deux pris leurs distances avec leur père, mais chacun va progressivement se retrouver confronté à lui.
La première vraie reconnexion passe par le travail de Ren.
Il doit livrer des fleurs pour une exposition consacrée au travail de son père Hajime. Ren se retrouve donc face à son père après des années de séparation, presque par hasard.
Cette rencontre est importante parce qu’elle ne passe pas par une décision familiale ou une grande discussion. C’est son travail qui le ramène directement vers son père.
Ren rencontre plus tard la nouvelle compagne de Hajime, et en conclut implicitement de la relation entre elle et son père.
Emi connaît déjà cette femme. Elle l’a rencontrée après une séance de Pilates et a gardé contact avec elle. Là encore, Emi ne sait pas qu’elle est la nouvelle compagne de son père.
Cela crée un drôle de jeu de rencontres : Ren et Emi ont chacun déjà rencontré cette femme, séparément, sans savoir qu’ils ont le même lien avec elle.
De son côté, elle ne connaît pas immédiatement toute leur histoire.
C’est seulement lorsqu’elle voit Ren et Emi ensemble devant le food court qu’elle comprend le lien entre eux.
Le film construit donc plusieurs rencontres qui paraissent banales au départ, mais qui prennent un autre sens lorsque les personnages comprennent enfin qui ils ont en face d’eux.
Les fleurs sont également liées à ces retrouvailles.
Ren travaille comme livreur d’orchidées et c’est justement une livraison qui le remet face à son père. Les fleurs qu’il apporte pour l’exposition de Hajime deviennent donc le point de départ d’une nouvelle rencontre entre eux.
Le film utilise ainsi des éléments très ordinaires — une livraison, une exposition, un cours de Pilates — pour faire progressivement se croiser les personnages.
Pendant tout ce temps, Tokyo est très présente.
La caméra filme les immeubles, les autoroutes, les rues, les lumières de la ville et les centres commerciaux.
L’architecture occupe une place importante, notamment à travers le travail de Hajime. La caméra est constamment en mouvement.
Elle filme les pieds, les mains, les visages et les réactions. On voit les personnages de face, de profil ou de dos, mais aussi ce qu’ils regardent.
Les mouvements sont souvent très lents. La caméra tourne autour des personnages et prend le temps de filmer leur environnement.
C’est un contraste assez intéressant avec Tokyo, une ville dense et constamment en mouvement.
Le rythme est probablement l’élément qui m’a le plus marquée.
Les déplacements dans la ville sont longs. On regarde les personnages marcher, conduire ou se déplacer en trottinette. Certaines scènes donnent presque une impression de ralenti.
Le film assume complètement cette lenteur.
J’ai d’ailleurs remarqué que plusieurs personnes sont parties avant la fin de la séance. De mon côté, en sortant du cinéma, j’étais encore dans ce rythme. Même dans les transports, j’avais l’impression de continuer à regarder la ville au ralenti.
Le food court du début revient ensuite dans l’histoire.
C’est le même endroit où la famille s’était arrêtée dix ans auparavant, juste avant que Hajime ne retourne à Tokyo pour son travail.
Entre-temps, le propriétaire raconte dans les informations que le lieu serait hanté et qu’il faut régulièrement changer les ampoules.
Ren décide alors de donner rendez-vous à son père et à sa sœur dans ce même food court. Ils se retrouvent à la même table que dix ans auparavant.
Et une ampoule tombe et se casse sous eux. Ce détail fait directement écho à l’histoire racontée auparavant par le propriétaire. Le lieu, la table, l’ampoule et les personnages se retrouvent au même endroit, dix ans après la première scène.
C’est à partir de cette scène que le film prend un tournant étrange. Yumiko, la mère de Ren et Emi, apparaît sous la forme d’un fantôme ou d’un mirage.
Ren et Emi la voient, mais Yumiko ne parle qu’à Hajime, leur père.
C’est probablement la partie du scénario qui m’a le plus laissée perplexe. Je ne suis pas certaine de comprendre exactement ce que cette apparition vient faire dans l’histoire. Elle permet néanmoins à Hajime de demander pardon à sa femme.
Et surtout, Ren voit son père pleurer. Il sourit.
Il n’y a pas de grande déclaration ni de réconciliation spectaculaire. Le fait de voir son père exprimer enfin ses émotions semble simplement changer quelque chose dans son regard.
C’est un aspect que j’ai trouvé intéressant dans le film.
Les personnages expriment rarement leurs émotions de manière directe. Leurs réactions peuvent même être contradictoires avec leurs paroles.
Emi peut sourire en demandant à son père : « À quoi bon se revoir ? »
Ren, lui, ne fait pas de grande déclaration lorsqu’il voit son père pleurer. Il sourit simplement comme une libération.
Cette pudeur donne l’impression que les personnages ont développé des mécanismes de défense au fil des années. Ils ressentent beaucoup de choses, mais ne savent pas forcément comment les exprimer.
Le film est construit avec beaucoup de petits fils conducteurs : la famille, le travail de Hajime, les fleurs, l’exposition, le Pilates, la nouvelle compagne, le food court, les ampoules et Yumiko.
Certains éléments finissent par se rejoindre, mais tout n’est pas forcément expliqué. L’apparition de Yumiko est notamment assez difficile à interpréter. Le scénario peut parfois donner l’impression de partir dans plusieurs directions avant de revenir à la famille.
Mais cette construction correspond aussi à l’idée que le film semble développer : les choses ne se passent pas forcément dans l’ordre et les personnages ne suivent pas une trajectoire simple.
Après tous ces événements, le film revient à des choses très ordinaires.
On retrouve les personnages dans Tokyo, en mouvement sur des trottinettes, avec des conversations sur la vie quotidienne. On parle notamment de manger des soba chaudes plusieurs fois par semaine.
ll n’y a pas de grande résolution finale. Les personnages continuent simplement leur vie. Et je trouve que cette fin correspond bien au reste du film : après les retrouvailles, les souvenirs et les émotions, la vie continue avec légèreté sur des sujets d'une banalité: un trajet en ville ou une discussion sur ce qu’on va manger.
Le générique de fin propose une animation graphique de Tokyo linéaire, des cercles et des éléments de géométrie qui rappellent les plans et les mesures d’architecture.
Cela fait écho au métier de Hajime et à la place de l’architecture dans le film.
Le générique comporte également la mention « In memory of my mother », avant que le titre Des fleurs pour Tokyo n’apparaisse.
Cette dédicace donne une dimension personnelle supplémentaire au film.
Pour moi, le film parle beaucoup de la manière dont la vie et les relations évoluent sans suivre une ligne droite. Les personnages se retrouvent après dix ans.
Ren rencontre son père à travers une livraison de fleurs. Il rencontre sa compagne sans savoir qui elle est. Emi connaît déjà cette même femme grâce au Pilates, sans connaître non plus son lien avec son père.
Puis tous ces personnages finissent par se retrouver devant le même food court. Le même lieu revient dix ans après. La même table. Une nouvelle ampoule qui tombe. Puis Yumiko apparaît.
Tous ces éléments donnent l’impression que les rencontres étaient déjà en train de se préparer avant que les personnages en comprennent le sens.
Et c’est aussi ce que je retrouve dans la manière dont Tokyo est filmée.
La ville ne s’arrête jamais. Les immeubles, les voitures, les piétons et les lumières sont constamment en mouvement. Pourtant, la caméra prend son temps pour observer les personnages et leur environnement.
Des fleurs pour Tokyo devient alors une histoire de famille, mais aussi une histoire de rencontres, de lieux qui reviennent et de chemins qui se croisent - une histoire symboliquement sur le renouveau où l'on avance toujours en mouvement.
La vie n’est pas linéaire et le film ne l’est pas non plus, à l'image du générique de fin.
C’est probablement ce contraste que je retiens le plus : une Tokyo très dense et très active, filmée avec beaucoup de profondeur et de quiétude.
Pour moi, le film parle beaucoup de la manière dont la vie et les relations évoluent sans suivre une ligne droite. Les personnages se retrouvent après dix ans.
Ren rencontre son père à travers une livraison de fleurs. Il rencontre sa compagne en lien avec l'exposition de son père.
Emi connaît déjà cette même femme grâce au Pilates, sans connaître non plus son lien avec son père.
Puis tous ces personnages finissent par se retrouver devant le même food court. Le même lieu revient dix ans après. La même table.
Une nouvelle ampoule qui tombe. Puis Yumiko apparaît.
Tous ces éléments donnent l’impression que les rencontres étaient déjà en train de se préparer avant que les personnages en comprennent le sens.
Et c’est aussi ce que je retrouve dans la manière dont Tokyo est filmée.
La ville ne s’arrête jamais.
Les immeubles, les voitures, les piétons et les lumières sont constamment en mouvement. Pourtant, la caméra prend son temps pour observer les personnages et leur environnement.
Des fleurs pour Tokyo devient alors une histoire de famille, mais aussi une histoire de rencontres, de lieux qui reviennent et de chemins qui se croisent — une histoire symboliquement liée au renouveau, où l’on avance toujours en mouvement.
La vie n’est pas linéaire et le film ne l’est pas non plus, à l’image du générique de fin.
C’est probablement ce contraste que je retiens le plus : une Tokyo très dense et très active, filmée avec beaucoup de profondeur et de quiétude.
